Hafsa Psychologue · Transcript · · Updated
Ep31 : Et si ce n'était pas un manque de volonté ? – Transcript
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Summary
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- La psychologue Hafsa explique que la flemme et la procrastination proviennent souvent d'un problème de démarrage ou d'un changement d'état que le cerveau anticipe comme trop coûteux en énergie.
- La procrastination persistante est fréquemment le symptôme d'un état émotionnel sous-jacent, tel que l'épuisement, la dépression, l'anxiété ou la peur face à une tâche.
- Pour surmonter le manque d'élan initial, il est possible d'abaisser la barrière du démarrage en visant une action simple de courte durée ou d'agir sur son environnement.

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Transcript
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Salam alaykoum, rahmatullahi wa barakatuh. J'espère que vous allez bien. Bienvenue dans ce nouvel épisode de mon podcast "Entre mes consultations" by Hafsa. Chaque choix qu'on va faire dans notre vie, c'est l'abandon d'autre chose.
Au tout début quand je venais d'être psychologue, j'ai eu une patiente qui était venue me dire "Du coup Hafsa, je viens te voir parce que je suis quelqu'un qui a euh qui procrastine beaucoup, je suis quelqu'un qui a vraiment la flemme et euh je voulais savoir comment je pouvais faire pour dépasser ça." Et c'était la première fois que j'avais une thématique pareille en thérapie parce que pour moi ça va être plutôt des dépressions, des anxiétés, euh des burn-out, euh des traumatismes, ce genre de choses. Et c'était au tout tout tout début quand je venais d'être diplômée, ça m'a prise au dépourvu parce que la première chose que je me suis dit c'est "Mais moi-même je suis une grosse
procrastinatrice, comment comment tu veux que je ?" Donc du coup forcément j'ai dû aller creuser, j'ai dû aller euh me renseigner, j'ai dû travailler dessus pour découvrir qu'en réalité on peut travailler contre ça et surtout que la flemme et la procrastination c'est pas forcément ce qu'on va croire dans un premier temps.
Je pense que c'est une situation qu'on a tous connue, on est là, on sait ce qu'on doit faire, notre to-do elle est claire, elle est écrite depuis ce matin, depuis 3 jours peut-être et c'est même pas si compliqué que ça, c'est quelque chose qu'on a déjà fait plein de fois. Mais là on y arrive pas. On va repousser, on va euh ouvrir le téléphone, on va commencer à faire autre chose et le problème de ça c'est qu'après souvent il y a cette culpabilité qui va se rajouter, qui va s'installer et on va se dire "En fait tu es une grosse flemmarde quoi, c'est pour ça que tu vas pas réussir dans ta vie parce que tu arrives pas à dépasser ces éléments-là. Pourquoi moi je suis comme
? Il y en a ils arrivent à enchaîner des heures et des heures et des heures de travail." Cette petite voix, elle a tort et aujourd'hui on va essayer de la faire taire ensemble parce qu'on va se rendre compte que la flemme c'est pas toujours de la paresse, c'est pas toujours ce qu'on pourrait ce qu'on pourrait penser ou ce qu'on pourrait croire de prime abord et que c'est vraiment problématique quand on va commencer à la traiter comme un défaut moral, c'est-à-dire comme une qualité ou un défaut que l'on a d'une manière intrinsèque.
En faisant ça, on va pas se donner les bons outils, les bonnes chances pour pouvoir sortir de cette situation parce qu'on peut le faire. Donc, on va essayer de voir ensemble ce que notre cerveau essaie de nous dire à travers cette flemme la plupart du temps et comment c'est une information qu'il nous envoie pour comprendre autre chose sur notre corps. Pour ceux qui me connaissent pas, bienvenue à vous. Je m'appelle Hassa, je suis psychologue, étudiante en sciences islamiques et mon travail à moi, c'est de faire les ponts,
du lien entre ce que la psychologie va venir nous dire et comment on va pouvoir retrouver ça aussi dans l'Islam, dans la spiritualité musulmane. La première chose à comprendre, c'est le fait que et c'est purement mécanique, hein, mais c'est le fait que notre cerveau déteste changer d'état, passer du repos à l'action, passer de notre salon à la salle de sport. Ça, tout ça en fait, ça va lui changer d'état, ça va lui coûter une énergie qu'on pourrait appeler euh
l'énergie d'activation. En fait, c'est exactement comme une voiture. Le moment qui va consommer le plus de carburant, c'est pas quand tu es en train de rouler, c'est pas quand tu es sur l'autoroute, mais c'est quand tu es en train de démarrer à l'arrêt. Et ce coût de démarrage ou de redémarrage, il va être géré par tout un système dans ton cerveau, notamment celui qui va être lié à la dopamine, on en a déjà parlé dans un autre épisode. La la dopamine qui n'est pas tant l'hormone du plaisir
contrairement à ce qu'on peut entendre, mais plus l'hormone de l'anticipation, l'hormone de de l'élan, celle qui va te pousser à aller faire une action en te faisant anticiper la récompense. Mais quand il n'y a pas de récompense ou que la récompense n'est pas à la hauteur de l'effort fourni ou que le fonctionne le système, pardon, va mal fonctionner, alors l'élan, il va pas se déclencher.
Il va se dire "Bah attends, j'ai déjà fait ça la dernière fois, j'ai ressenti aucune satisfaction. Donc pourquoi là je vais lui donner cette impulsion qui va me coûter autant de de de carburant pour le relancer dans un truc qui ne me satisfait pas au final. Donc, c'est pas tant un problème de volonté, c'est que on a un problème de démarreur.
C'est le démarreur qui prend pas dans ce cas-là. Et ce problème de démarrage, on pourrait se dire bah c'est que dans les choses qui vont demander un effort, mais pas forcément. Quand on va se retrouver en vacances par exemple, on va mettre quelques jours à lâcher et à réellement se sentir en vacances et à sortir du travail. À l'inverse, quand on revient.
Ou alors, vous savez ce fameux coup de blues de post-Omra, post-Hajj, où on arrive pas à se remettre dans la vraie vie de tous les jours. Parce qu'en réalité, une fois qu'on a eu le démarrage, la voiture, ça y est, elle a chauffé, elle s'est lancée, c'est super. Mais elle a habitué notre cerveau à utiliser euh certaines zones certaines zones précises de notre cerveau, par exemple, l'anticipation, la réflexion, la création dans le cadre du travail. Et là, on va lui demander d'un seul coup en fait, hop, tu stoppes tout à nouveau pour revenir dans un autre
fonctionnement, beaucoup plus spirituel, beaucoup plus dans le ressenti, beaucoup plus dans l'apprentissage par exemple, si vous étiez en train de réviser votre Coran en même temps euh en pendant pendant votre Omra. Et donc du coup là, on est en train de lui demander de faire un effort qui en soi c'est génial. C'est trop bien de partir en Omra. Ou c'est trop bien de de revenir de sa Omra, d'avoir pu accom- d'avoir pu accomplir sa Omra. Mais on lui dit "Regarde, tu fais tout ce fonctionnement, attends, je te stoppe, on redémarre." Donc déjà, on on reprend plein d'énergie, on refait cette période où il faut se chauffer, où il faut que
le moteur ait repris un petit peu de la vitesse et on se met dans autre chose. Et tout ça, il va l'anticiper comme étant une tâche énorme, peu importe ce qu'il y a derrière. Donc, le changement d'état, c'est compliqué. Là, je souris parce que j'ai un j'ai un exemple en tête, c'est typiquement la douche. Il y a beaucoup de gens qui ont tout le temps la flemme de rentrer dans la douche et quand ils sont dedans, ils ont la flemme de sortir de la douche. C'est exactement la même chose. Le changement d'état nous coûte trop cher. Et ça, c'est important de le comprendre parce que du coup, ça va nous
indiquer une première solution. Le fait que viser la tâche entière, c'est trop. Viser le de le fait de d'aller au bout de son action directement, ça va être trop compliqué et ça surtout ça sert à rien. Il peut même pas considérer ce que tu es en train de lui demander. Par contre, si tu vises le démarrage, si ton seul objectif c'est de démarrer, un cerveau qui va refuser quand tu vas lui dire "Range tout l'appartement." il va accepter si tu lui dis "Enlève juste ce
qu'il y a devant toi sur la table. Débarrasse la table." Et une fois que tu es lancé, le coût d'activation, il est payé. Ça y est, c'est fait. C'était pas agréable mais maintenant c'est fait et ben je vais continuer. Je t'avais demandé de venir pour faire un tour avec moi ou de marcher rapidement, mais une fois que tu as fait un tour, tu peux en faire deux, tu peux en faire trois en réalité. Et c'est ça qu'on va venir appeler l'effet du premier pas. Le premier pas, c'est le plus difficile. Mais une fois qu'il est fait, le reste vient plus facilement
derrière. D'ailleurs, il faut garder en tête que la motivation, elle ne va pas précéder l'action. La motivation, elle va suivre l'action. C'est quand je vais faire ma séance de sport que je vais me sentir trop bien après la séance, que je vais me dire "Non mais pourquoi j'ai ? Ça y est, je vais me relancer." C'est pas pour y aller après avoir fait trois mois de pause, c'est pas là que la motivation elle va venir s'exprimer. OK, donc ça, c'est une technique de base pour se dire "Je n'ai Voilà, j'ai la flemme, je me rends compte que j'arrive pas à faire quelque chose." Je vais essayer juste de de passer cette cette cette période du démarrage.
Si là vous vous rendez compte que ça ne suffit toujours pas, alors là, il faut peut-être écouter et se poser la question parce qu'une flemme qui est permanente, qui est persistante, qui vient vous empêcher de faire tout ce que vous voulez faire dans votre vie, souvent ça va pas être que de la paresse. Ça va être très lié à un état émotionnel. Ça va être lié à différents états émotionnels possibles. Donc en fait, ça va être le symptôme d'un dysfonctionnement plus général.
Et si on considère ça comme un dysfonctionnement plus général, qu'est-ce que ça peut venir nous ? Dans un premier temps, ça peut être de l'épuisement. Ce qu'on va prendre pour de la flemme, en fait, c'est un corps et un esprit qui sont euh à bout, qui veulent en fait du repos, qui en peuvent vraiment plus, qui peuvent même plus envisager de faire un article de plus ou lire un livre de plus.
Le burn-out souvent quand est-ce qu'on commence à se rendre compte quand est-ce qu'on s'en rend compte au moment où voilà, il y a ce petit hum ce petit claquage qui arrive, c'est j'arrive même plus à m'y mettre. J'arrive plus j'arrivais plus à sortir de mon lit. J'arrivais plus à aller au travail. J'arrivais plus à m'occuper de mes enfants. C'est quand on on y arrive plus en fait. C'est quand même le démarrage ne prend pas. On arrive pas à faire ce démarrage qui était tellement logique pendant autant de temps dans notre vie. Un autre état que ça peut exprimer, c'est bien évidemment la dépression.
L'un des signes les plus hum spécifiques à la dépression mais aussi le plus discret, c'est ce qu'on va appeler l'anhédonie. Et l'anhédonie, c'est la perte de plaisir, la perte d'élan, la perte de de de de capacité à initier quelque chose qui qu'on aimait bien en fait avant et qu'on était en capacité de faire assez facilement.
Et oui, de l'extérieur, ça peut ressembler à la fainéantise, mais on sait qu'à l'intérieur dans l'ordre d'une d'une dépression, c'est quelque chose de vraiment de beaucoup plus profond, c'est littéralement une une panne de toute notre énergie vitale. Et vraiment venir reprocher ça à quelqu'un qui est dépressif, c'est comme lui reprocher ça serait comme pour faire un donner un exemple somatique, comme reprocher à quelqu'un de boiter alors qu'il a une fracture.
C'est une suite logique, ce n'est qu'un symptôme de tout son état. Un autre état émotionnel qui peut donc émerger de cette flemme, c'est ce qu'on ça va être l'anxiété, le fait d'être constamment en train de repousser ce qui nous fait peur. Donc c'est pas qu'on ne le fait pas parce qu'on n'a pas la motivation. On ne fait pas parce que ça nous fait peur et on arrive même pas à la commencer parce que il y a une angoisse derrière ça. Et à ce moment-là, l'évitement, donc le fait d'éviter la tâche, de ne pas la commencer, de ne pas
la mettre en place, c'est un mécanisme de défense qui est très efficace sur le court terme, mais qui va être complètement complètement hum dysfonctionnel pour nous sur le moyen long terme.
Donc est-ce que c'est plus clair sur le fait que le mot flemme, il est il peut être trompeur et surtout il vient nous donner une étiquette morale alors encore plus dans la société dans laquelle on est actuellement avec tous les réseaux sociaux, le fait d'être à fond, d'optimiser toutes ses capacités et de toujours avoir un emploi du temps qui est carré à la minute de de lock in pendant un winter arc ou je ne sais quoi et tout faire à fond pendant des mois et des mois et des mois.
? Parce qu'il vient nous dire "Mais en fait moi je moi je suis nul. Moi j'arrive pas quand je regarde les autres, quand je regarde les réseaux sociaux des autres." Petite parenthèse, mais quand je regarde les autres, moi j'arrive pas à mettre tout ce que eux arrivent à faire. Alors qu'en réalité, c'est peut-être une information sur ton état, une information sur cette flemme, c'est un message. C'est un message qui a quelque chose en toi qui peut-être est plus profond que j'ai juste du mal à démarrer. Mais est-ce que vous savez où est-ce qu'on
retrouve ces distinctions d'une manière beaucoup plus ? Dans la Sunna, il y a 1400 ans, le prophète il faisait une do'a qui vient distinguer ces deux états et qui vient en fait enfin que la clinique actuelle, que la clinique moderne est venue confirmer encore une fois bien en retard. Le prophète il avait l'habitude d'invoquer en disant "Ya Allah, je cherche refuge auprès de toi contre l'incapacité et la paresse."
Donc l'incapacité, elle est elle casse elle, la paresse. Il a différencié les deux. Il a distingué les deux choses, ils ils ont chacun un un un nom différent.
Elle c'est l'incapacité réelle. C'est pas que tu veux pas, c'est que tu ne peux pas. Tandis que elle casse elle, c'est la paresse. Tu peux mais il manque ce démarrage, il manque cet élan, il manque cette envie initiale qui va te faire te mettre au travail. Mais ce qu'on voit bien à travers cette invocation et la manière dont dont le prophète demande à de l'aider, c'est que ce sont deux réalités différentes qui demandent chacune deux traitements différents. Et on va pas venir soigner l'un ou
accompagner l'un comme on va venir soigner l'autre. Donc la Sunna nous demande de venir chercher refuge contre les deux. Et c'est-à-dire qu'on peut traverser les deux différemment. Je trouve qu'il y a une immense miséricorde dans cette manière d'aborder l'effort.